Hélène Gestern – éditions Arléa

Publié en format poche en 2013 aux éditions Arléa, Eux sur la photo, récit tout en finesse, mêle enquête intime et histoires d’amour. Par un jeu de correspondances, il explore les méandres de la mémoire familiale, du silence et des secrets.
Retour quelques années en arrière sur un roman plusieurs fois primé.
©éditions Arléa
« Disons que les enjeux de cette enquête sont au moins aussi importants pour moi que pour vous ; voyez dans ces mots la preuve de mon envie, égale à la vôtre, de retrouver la part manquante de mon histoire. »
De l’ombre à la lumière
Tout commence par une photo ancienne : trois personnages prenant la pose dans un jardin. À la recherche de l’histoire de sa mère, Hélène lance un appel dans la presse pour les identifier. Lorsque Stéphane y reconnaît son père, une échange de courriers s’installe entre eux. Peu à peu, se dessine une histoire qui leur est commune et un secret familial dont les répercussions dépassent ce qu’ielles imaginaient.
Entre convenances et sentiments
On entre dans ce récit comme on entre en amour ; la rencontre – virtuelle, épistolaire – entre Hélène et Stéphane, et la relation qui s’en suivra, se fait pas à pas, avec précaution et sensibilité. L’histoire de leur.es parent.es, située dans un milieu social aisé des années 60/70, les rattrape. Un milieu où parfois les sentiments sincères et impulsifs ne sont pas vus d’un très bon œil s’ils ne sont pas accompagnés d’une certaine équivalence bourgeoise . Le poids des convenances mêlées à une morale plus stricte qu’elle ne devrait l’être, traverse ainsi tout le roman et conditionnera les choix des personnages autant qu’il nourrira la tragédie sous-jacente.
« Je me dis que ce matin ensoleillé à Saint-Malo, la tendresse de notre premier café partagé, dans la lumière rase de février qui faisait onduler la mer comme cristal et feuille d’or, c’est à eux que nous le devons. »

Une exploration de l’identité
Bien plus qu’une quête de vérité, ce roman pose la question fondamentale – que l’on retrouve comme un fil rouge dans l’œuvre d’Hélène Gestern – de l’hérédité de la douleur. Comment se connaître soi-même, comment comprendre ses émotions et ses comportements si l’on ignore tout de l’histoire de ses parent.es et plus largement de celle de ses ancêtres ? Quel est le corollaire entre nos actes et ceux des personnes qui nous ont précédés ? À travers ce puzzle qui compose, pièce par pièce, les événements qui ont façonné la vie de la mère d’Hélène – et par ricochet celle du père de Stéphane – l’autrice pose la question de la construction de l’identité et de l’impact des non-dits sur les descendant.es. La connaissance de leur passé, aussi douloureuse soit-elle, permettra aux narrateur.rices de se repositionner face à leur propre histoire.
Quant à la forme épistolaire, elle crée une intimité avec les personnages et autorise le lecteur et la lectrice à s’incruster dans leur pensée, leurs attentes et leurs doutes. L’écriture d’Hélène Gestern est intelligente, élégante, presque envoûtante. Chaque mot est pesé, chaque silence compte. L’émotion est omniprésente sans jamais verser dans le pathos.
On l’aura compris, Eux sur la photo est un roman subtil et bouleversant, où chaque page porte en elle la promesse d’une découverte. Gestern interroge avec délicatesse ce que l’on sait — ou ce que l’on ignore — de nos origines, et comment elles déterminent nos choix, notre bonheur et notre capacité à aimer.
Rédactrice : Véronique Gault
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