Au MAC VAL jusqu’au 4 janvier 2026

Le MAC VAL, Musée d’Art Contemporain du Val de Marne, célèbre ses 20 ans d’ouverture au public avec une exposition regroupant 20 jeunes artistes œuvrant dans la photo, la sculpture, l’installation, le dessin, la vidéo et la peinture. Forever young se veut tournée vers le futur en célébrant le passé, à travers le virage décisif que le MAC VAL a gravé dans le parcours artistique de ces jeunes espoirs de l’art contemporain.
« Il y aura du rose, beaucoup de rose. Il y aura des fantômes, beaucoup de fantômes. Des bâtons de couleurs à lèvres, des évènements lumineux, des trottinettes encapsulées et du dentifrice, des autoportraits empuissancés, des images et encore des images, des machines de toutes sortes (à photographier, à voyager dans le temps et l’espace, à rêver), de la narration spéculative, de la science-fiction, des façades vitriotes, des évocations, un vaisseau générationnel, des énergies canalisées ou pas, un château au bord de l’effondrement et un parfum d’apocalypse, des cocons et une langue quasi oubliée, des corps peints, des slogans et sentences, un espace en attente, des tissus pliés et de la couleur, du béton et des standards questionnés, des pierres et une histoire d’amour, un amant qui dort et des oracles, des paysages traversés, des lieux emplis de souvenirs, de mémoire. Comme autant de propositions alternatives d’habitation du monde. »
Frank Lamy, commissaire d’exposition
Rencontre avec Raphaël Maman, un artiste qui explore le rapport entre norme et fonction
À la question « Quelle est l’œuvre que vous avez découverte au MAC VAL et qui vous a conforté dans cette envie – ou cette nécessité – de faire de l’art votre terrain d’expression ? » , l’artiste répond qu’il s’agit d’une pièce de Bertille Bak et Charles-Henry Fertin qu’il a découverte en 2012, et qui s’intitulait Robe. L’œuvre, par l’intermédiaire d’une grande imprimante murale, transformait progressivement l’un des murs du musée en de multiples briques rouges évoquant une cité minière.

Diplômé l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, secteur design graphique, puis de l’École nationale des Beaux-Arts de Paris au sein de l’Atelier de Tatiana Trouvé, Raphaël Maman expose deux de ses pièces au MacVal : Ce que pèse le réel et Le banquet. Des installations qui s’inscrivent dans une même démarche : révéler l’invisible, donner une seconde attention à ce qui paraît banal, tout en engageant le corps, celui de l’artiste comme celui du spectateur.
« Ma pratique artistique tourne autour de la norme et du standard. Tous les éléments, qu’ils soient liés à l’architecture, au design de l’espace de vie ou au quotidien, sont connectés entre eux. J’assemble des objets qui n’ont pas de rapport de prime abord, mais qui, soudain, s’ordonnent en une composition cohérente. »
Ce que pèse le réel

L’installation fait écho à l’architecture du musée en mettant en lumière ses fondations matérielles : les dimensions de la dalle de béton installée à l’entrée du MacVal ont été déterminées par l’architecte Jacques Ripault afin d’envisager les proportions du musée. « Je voulais que pour les 20 ans du Mac Val, on pose un regard différent sur cet élément essentiel sur lequel on passe sans vraiment y prêter attention. » nous explique Raphaël Maman.
L’œuvre, réalisée dans un premier temps à l’échelle 1 puis découpée en six morceaux, engage le visiteur à mieux appréhender cet élément architectural sur lequel il marche en pénétrant dans le musée. Chacune de ces six dalles, de taille différente, a été pensée en fonction de la norme du poids humain (80 kgs), et donc dimensionnée en multiples de 80. Les pèse-personnes mécaniques sur lesquels elles sont posées, permettent de connaître leur poids et, par addition, celui de l’ensemble. Ce dispositif opère une inversion : ce n’est plus la personne qui se pèse, mais l’architecture elle-même qui devient un ou plusieurs corps. Dans Ce que pèse le réel, les balances utilisées sont maintenues en tension permanente pendant toute la durée de l’exposition, ce qui crée une force invisible et peut potentiellement participer à leur rupture.
Car une œuvre de cette nature peut se briser, et c’est ce qui est arrivé peu avant son transport, blessant l’artiste et cassant une partie d’un des fragments de béton. « Suite à cet accident, un lien direct s’est créé entre l’œuvre, le musée et moi. Je garde la trace de cette blessure, tout comme la pièce conserve celle de sa chute. Cela aurait pu être beaucoup plus grave et j’ai désormais le sentiment d’être connecté au musée. ». Ainsi, ces traces deviennent partie intégrante de la pièce et révèlent l’implication physique de l’artiste, confronté à des masses imposantes.
Le banquet

La pièce réunit des meubles voués à la déchetterie (chaises, vaisselier,…) qui, alors qu’ils sont figés dans le béton, voient leurs fonctions premières changer de cap en servant désormais de support à une table en béton. Ils forment un seul et même objet, une même scénographie, une sorte de spectacle où, si l’artiste l’activait en un banquet réel, chaque visiteur devrait s’adapter à un décor improbable. L’œuvre en serait la chorégraphe. « L’idée est de réunir ces meubles, de recréer une sorte de scène de vie et de leur donner, le temps d’un repas, l’occasion de devenir à nouveau le centre de l’attention, qu’il y ait un jeu d’échange entre les commensaux et ces objets. » Le banquet devient un lieu de rencontre entre le passé et le présent, un instant collectif où l’usure n’est plus une défaillance, mais bien le témoin d’une vie.
Ce que pèse le réel et Le banquet oscillent entre l’intime (balances usées, meubles abandonnés) et le collectif (poids partagé, repas commun), affirmant une esthétique où les vestiges, la tension et la mémoire sont centrales. Raphaël Maman a travaillé la norme, afin de sensibiliser ceux des visiteurs qui en ignorent tout. Il a réussi l’association d’une dimension corporelle (l’effort de couler, découper, déplacer des tonnes de béton) à une dimension symbolique et sociale : célébrer les 20 ans du MacVal et recréer un espace de partage avec des matériaux ressuscités.
Une exposition à venir
L’artiste prépare une exposition pour le mois d’octobre intitulée Bullshit Job au Centre Wallonie-Bruxelles, à Paris. Le projet explore l’univers de la bureautique et de l’espace de travail. Raphaël Maman y montrera une pièce intitulée Bureau, inspirée des travaux de l’architecte allemand Ernst Neufert, connu pour avoir codifié les normes architecturales et mobilières répondant aux exigences de rationalité et d’optimisation de l’espace1.
Bureau s’inscrit donc dans cette optique, l’artiste décomposant en différentes parties celui créé par Neufert : plateau, tiroirs, pieds, caissons. Pour chaque élément, un moule – un coffrage – a été conçu afin de recréer, en l’assemblant avec les autres, la forme originale du meuble en négatif, formant une réinterprétation sculpturale et architectonique de l’objet. Il devient une pièce hybride, à la fois mémoire du mobilier initial et nouvelle proposition spatiale. Cette approche met en lumière la structure du meuble tout en brouillant les frontières entre mobilier, architecture et sculpture.
Les œuvres de Raphaël Maman révèlent donc la dimension cachée de ce qui paraît banal. En inversant les usages, il interroge notre rapport au temps, aux normes et à leur mécanisme invisible. Son travail engage son propre corps, faisant de chaque pièce une expérience artistique résultant d’un effort physique conséquent. Il compose ainsi des formes où l’usure devient mémoire et où la fonction se transforme en espace de réflexion.
1Les éléments des projets de construction / Ernst Neufert – publié en 1936 – éditions françaises : Dunod et Le moniteur
Rédacteur : Nicolas Santerre
L’exposition Forever young est visible jusqu’au 4 janvier 2026, au Mac Val, place de la libération, 94400 Vitry/Seine
www.macval.fr.
Commissariat Frank Lamy, assisté de Julien Blanpied.
Artistes exposé.es : Aïda Bruyère, Camille Brée, Chadine Amghar, Coco de RinneZ, Emma Cossée Cruz, Garush Melkonyan, Grichka Commaret, Hugo Vessiller—Fonfreide, Jordan Roger, Kim Farkas, Lassana Sarre, Loreto Martinez Troncoso, Maïlys Lamotte-Paulet, Mario D’Souza, Raphaël Maman, Rebecca Topakian, Richard Otparlic, Sarah-Anaïs Desbenoit,Tohé Commaret, Yann Estève. Et Mehryl Ferri Levisse.
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