Véronique Olmi – éditions Albin Michel

« Le gosse », c’est Joseph, un enfant des quartiers pauvres du Paris de l’entre-deux-guerres. Lorsque sa mère meurt d’un avortement clandestin et que sa grand-mère est envoyée à l’hospice, il devient pupille de l’État. S’ensuit alors toute une série de placements destinés à le rendre docile, sous couvert de protection, où il grandira sous la surveillance et les brutalités de l’administration.
« Ils sont devant leur pavillon, ce soir de printemps, et la dernière lumière s’est posée là, sur Aimé et le cheval noir, posée comme un faisceau sur ce duo tranquille, le cheval de labour aux gros sabots, à la croupe volumineuse, et le colon maigre et édenté. Ça pourrait être ridicule, ça le serait sûrement, si Aimé ne mettait dans sa façon de ramener la bête à l’écurie cette lenteur interdite. »
Une solitude extrême
C’est l’histoire d’une solitude extrême. Celle d’un enfant qui subitement perd les deux piliers aimants qui constituaient sa vie et se retrouve dans une région qu’il ne connaît pas, seul, balancé comme un vieux baluchon chez des gens qu’il n’a jamais vus. Des gens qui, parce qu’ils sont payés, ne lui apportent que le nécessaire vital. La détresse de ce petit garçon suinte sur toutes les pages de ce livre. Il cherchera désespérément à retrouver un amour identique à celui que lui portait sa mère, Colette, qui lui offrait chaque jour des histoires d’oiseaux, de chapeaux et de théâtre, issues de son métier de plumassière.
Mettray, ou comment réduire les enfants à l’esclavage
C’est aussi l’histoire de cette colonie pénitentiaire qu’était Mettray, fermée en 1937, et qui reste l’un des symboles les plus effroyables du traitement des enfants par l’Assistance publique. Présenté comme un lieu de redressement, il fonctionnait en réalité comme une prison pour mineurs, où les coups, les privations, les sévices sexuels, l’isolement et les travaux forcés étaient quotidiens. On y dressait les enfants à l’obéissance par la peur, brisant toute velléité de révolte. Lorsqu’il y rencontre Aimé, le seul à lui glisser quelques mots, le seul à lui accorder une main douce, il s’y accrochera, mu par un besoin viscéral d’amour et de chaleur humaine.

« Personne ne le connaîtra comme elle l’a connu, avec la tendresse et la peine attentive des pauvres gens, le courage tenace de ceux qui n’ont rien d’autre que l’amour maternel pour les représenter dignement. »
Un roman poignant qui retrace une époque douloureuse pour qui est né.e de la misère, dans un pays où la maltraitance des enfants pauvres était monnaie courante. En parallèle du combat de Joseph, le Front populaire, porté par Léon Blum, concrétisera une liberté inespérée pour tout ceux et celles qui n’ont plus rien à perdre.
Rédactrice : Alice Desmougins
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