Baltasar Kormákur

Avec Touch, nos étreintes passées, adapté du roman d’Ólafur Jóhann Ólafsson, Baltasar Kormákur signe un un long-métrage intimiste bouleversant.
Après The Deep en 2012, Everest en 2015 et Beast en 2022, il est l’un des cinéastes les plus prometteurs du cinéma islandais.
Une histoire d’amour bouleversante
Au soir de sa vie, Kristófer, 73 ans, décide de partir sur les traces de Miko, son amour de jeunesse, disparue sans laisser de traces cinquante ans plus tôt. Quand son médecin lui conseille de régler les affaires en suspens avant que son cerveau ne décline, il quitte l’Islande en pleine pandémie de Covid et retourne à Londres, dans le restaurant où il a travaillé et où il a rencontrée celle qu’il a aimée. Sa quête l’emmènera au bout du monde où il tentera de la retrouver, sans jamais douter ni faiblir.
Un pur moment d’émotions
Difficile de chroniquer un tel film sans en dévoiler toute l’histoire comme on raconterait un conte à un enfant avant qu’il ne s’endorme. Il faudrait des pages et des pages, retranscrire le livre de Olafson, capter des oreilles attentives pour qu’enfin on puisse délivrer un récit à la fois palpitant et bouleversant. La mise en scène de Kormákur lui confère une nostalgie et une profondeur à laquelle on ne peut rester insensible.


Le film, chargé d’émotions, est porté par des personnages – et des acteurs – remarquables. On suit Kristófer à travers ses différentes incarnations : jeune homme au charme naturel et au sourire lumineux, adulte marqué par l’usure du temps mais habité d’une fougue intacte. On l’accompagne dans son périple avec toute la volonté et l’énergie qu’il y met pour revivre des instants dont il n’a rien oublié. On découvre avec lui, ce restaurant chaleureux, le Nippon, tenu par Takahashi, un homme attachant, attentif et soucieux des autres, accompagné de Kutaragi et de Hitomi, la serveuse toujours souriante, et bien sûr, Miko, sa fille, solaire et curieuse de tout. Les acteurs et les actrices sont, sans exception, impressionnants de justesse.
Le film alterne avec fluidité présent et passé sans jamais laisser place à l’ennui, dans un doux mélange d’anglais, d’islandais et de japonais qui ajoute à l’ambiance un souffle rafraîchissant, même si l’ombre d’Hiroshima plane sur le récit comme un grand oiseau noir enveloppé d’une mémoire collective encore vive.
Le Japon comme une renaissance
Kristófer partira sur un coup de tête, sans se soucier de la pandémie, de ceux qu’il laisse en Islande ni de sa maladie. Cette immersion au Japon prend des allures de renaissance : on y retrouve le jeune homme qu’il était, frais et plein d’espoir sur ce que lui réservait la vie. Son énergie refait surface au contact de rencontres inattendues, jusqu’à une scène de karaoké jubilatoire entre septuagénaires hilares qui ramènera sur son visage le sourire émerveillé qu’il affichait dans sa jeunesse.


Il ne reste plus qu’à s’enfoncer dans un fauteuil, dans l’obscurité d’une salle de cinéma, et se laisser porter par les images comme on contemplerait les fleurs de sakura aux mille nuances de roses. Si la charge émotionnelle est subtilement distillée tout au long du film, la fin poignante confirme la capacité du réalisateur à émouvoir bien au-delà de l’histoire elle-même.
Rédactrice : Véronique Gault
Titre original : Snerting
D’après le roman éponyme de Ólafur Jóhann Ólafsson
Réalisation : Baltasar Kormákur
Distribution : Kristófer (Egill Ólafsson), Kristófer jeune (Pálmi Kormákur), Miko (Kōki Kimura), Takahashi (Masahiro Motoki)
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