Raphaël Quenard – éditions Flammarion

Le roman de Raphaël Quenard n’est pas passé inaperçu, malgré un accueil critique globalement mitigé, voire négatif. Après son César pour l’excellent Chien de la casse, on imagine sans peine que les portes des maisons d’édition se sont ouvertes devant lui ; on ne laisse pas s’échapper une mine d’or comme celle-ci, quand bien même ne sortirait de ses entrailles que de la ferraille.
Alors poussés par la curiosité, nous l’avons lu.
Un jeune homme au bord du suicide décide de se venger de la société, à qui il attribue son mal-être, en tuant des femmes issues de diverses strates sociales. Chaque meurtre devient un prétexte pour explorer un nouvel univers : de la banlieue populaire aux cercles les plus bourgeois, en passant par des personnages marginaux ou des figures du quotidien.
« C’est l’histoire d’une misandrie qui faisait qu’une misanthropie prenait l’apparence d’une misogynie. »
Un scenario faiblard
On ne va pas se mentir : l’histoire est un peu simpliste et sans beaucoup d’intérêt. L’auteur ne s’appesantit pas sur les motivations de son personnage, on ne sait pas trop ce qui l’a poussé à sa tentative de suicide, rien de son passé, … la coquille est un peu vide. Cependant, avec beaucoup (beaucoup) de travail et de détermination, chacun d’entre nous est capable de la remplir. Mais, pauvres hères que nous sommes, nous pourrons toujours nous évertuer à gratter du papier sans relâche et en sortir un petit joyau ou même un respectable collier de nouilles, nous ne nous appelons pas Raphaël Quenard et n’avons reçu aucun César.

Cependant…
Passée la page 77, soyons honnêtes, on va finir ce livre, mais péniblement. Pourquoi va-t-on aller jusqu’au bout ? Parce qu’on espère retrouver la verve des 77 premières pages qui sont proprement hilarantes. Notamment l’Acte II (l’ingénieure) qui sert de prétexte à une virée dans le milieu de la prostitution. Même si on se demande qui est ce personnage assez puant pour cataloguer les travailleuses du sexes en catégories géographiques, les descriptions empreintes du vocabulaire fleuri de Raphaël Quenard sont à mourir de rire. On a honte, mais on rit quand même. Ce tiers de roman mérite à lui seul la lecture. Gageons que l’auteur en avait sa claque et voulait terminer le livre en deux coups de cuillère à pot, tanné, on le suppose, par son éditeur qui voulait profiter de l’effet César.
« Elle est de ces gens qui débordent. De ceux qui, sans doute pressés par une conscience aiguë de la destination commune, décident de brûler les étapes et de se livrer tout cru. »
Le roman souffre d’un déséquilibre certain : une première moitié fluide, incarnée, drôle, et une seconde partie maltraitée, qui fait regretter que l’auteur n’ait pas assumé une forme plus fragmentaire ou purement autobiographique. S’il s’autorisait à écrire sans faux prétextes, en prenant le temps nécessaire et en puisant simplement dans ce qu’il connaît et observe, Raphaël Quenard pourrait offrir une œuvre autrement plus marquante. On y croit dur comme l’or qu’il met dans son phrasé.
Rédacteur : Raoul Tabille
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