Fabrice Caro – éditions Gallimard

Nous sommes en 1980, époque bénie où l’on vivait sans Google, sans Spotify et sans réseaux sociaux, mais avec des cassettes, des stylos plume à cartouches et une quantité d’acné non négligeable qu’aucune crème ne pouvait endiguer. Daniel et ses potes, Justin et Marc, tentent de grandir, entre fêtes alcoolisées, découverte du corps féminin, obligations familiales et intrigues mouvementées.
La sortie d’un roman ou d’une BD de Fabrice (Fab) Caro est toujours un événement pour qui apprécie son humour. À Zone de friction, on s’est jeté dessus. On l’a ouvert et on a rigolé d’un bout à l’autre. On a même été ému.es à la fin.
La fin de l’adolescence
Ce sont les instants pré-baccalauréat que vont vivre ces lycéens, dans cet état d’apesanteur que sont les prémices de l’âge adulte. Comme leurs congénères, ils se posent des questions existentielles, à savoir si il y aurait une chance que Daniel puisse reconquérir Cathy Mourier, ou l’endroit exact du point G estimé sur la base de calculs de probabilités, histoire d’être à la hauteur d’une virilité dont ils aimeraient se draper. Bref, tout un programme de recherche fondamentale, financé exclusivement par les hormones.
« Ces derniers temps, Justin était obsédé par une rumeur qui circulait à bas bruit entre les garçons du lycée, confirmant l’existence du point G et même le situant précisément : il se logeait donc, si l’on en croyait la légende, aux deux tiers du vagin en partant du bas, et cette formule magique résonnait chez lui comme un secret ancestral qui ne se serait transmis que de bouche de druide à oreille de druide, mettant fin à cette sempiternelle quête, ce mystère insondable : où concrètement se situait cet énigmatique point G, siège incontournable du plaisir féminin ? Et s’il était inatteignable ? »

Des questions obsédantes
Le point G n’est pas l’unique interrogation de ces grands garçons découvrant l’ampleur du monde. Il en est d’autres : Où est passé Félicien Lubac ? Pourquoi Sandrine Moynot n’a pas apprécié la cassette de Supertramp que lui a confectionnée Marc avec amour ? Quel est donc le fantasme de madame Rigaux ? Pourquoi Muriel Moine veut-elle à tout prix que Daniel lui donne des cours de maths ? Tout cela fait partie de leur quotidien dans lequel ils se roulent comme des poissons carrés dans la panure.
« Valérie Berger et Nicolas Morin avait eu une aventure l’année précédente, durant deux mois. Pendant cette période, on les voyait souvent assis sur un banc de la cour, ayant l’air de ne rien avoir à se dire, lui son bras autour de ses épaules, rigolant avec ses copains à sa gauche, elle discutant avec ses copines à sa droite. À dix-sept heures, à la sortie des cours, il lui roulait une pelle expéditive devant le portail du lycée et chacun s’en allait prendre son bus. L’amour de sa vie. »
Un roman où chaque détail fait jaillir des souvenirs de nos propres années juvéniles. Des Sandrine Moynot, des Thomas Mathieu, des Cathy Mourier et des profs comme madame Barrut, on en a tous et toutes connu.es. Alors quand on se les remémore en lisant ce roman désopilant, on ne peut que sourire de cette naïveté et de cette candeur maladroite qui ont accompagné nos derniers jours de l’apesanteur.
Rédacteur : Moby Leith
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