Un film d’une étonnante actualité

La sortie en salle de la version restaurée d’Une journée particulière d’Ettore Scola, Cesar du meilleur film étranger et Golden Globe du meilleur film en langue étrangère en 1978, est l’occasion de se replonger dans cette œuvre majeure, plus que jamais en résonance avec notre époque.
Le 8 mai 1938, alors qu’’Hitler rend visite à Mussolini et que la population italienne acclame la grandeur du régime, deux êtres que tout oppose se retrouvent seuls dans un immeuble déserté. Antonietta (Sophia Loren), mère de famille imprégnée du modèle fasciste, et Gabriele (Marcello Mastroianni), intellectuel homosexuel, incarnent deux visages de l’Italie : l’une, dévouée au Duce, l’autre, rejeté pour son identité et ses prises de position anti-fascistes. Leur rencontre, née du hasard, devient une parenthèse de liberté et d’humanité dans un monde étouffé par la propagande.
L’Histoire à travers le quotidien
Ettore Scola inscrit ce drame intimiste dans un cadre historique. Les voix radiophoniques exaltant la visite du Führer sont omniprésentes, diffusées en haut-parleur et en continu du poste de radio de la concierge, rappelant sans cesse l’emprise du régime et son martellement sur les consciences. Par le contraste entre le vacarme de la cérémonie et le vide de l’immeuble, le réalisateur révèle la solitude d’individus bousculés dans leur quotidien, banal pour l’une, désespéré pour l’autre, sur fond d’idéologie totalitaire. La relation entre Antonietta et Gabriele les déterminent alors comme victimes de cette dictature. Cet instant d’amour pur qu’ils vont vivre les fera basculer dans l’évidence de l’absurdité qu’est le fascisme.


Une mise en scène de l’enfermement et du désir
La caméra se déplace sans cesse dans les couloirs, les fenêtres et les escaliers de l’immeuble, traduisant la surveillance constante et la claustration. On est à deux doigts du 1984 de Georges Orwell. Chaque mouvement évoque la tension entre contrainte et désir, entre peur du regard des autres et besoin d’échapper à l’ordre imposé. Le toit, baigné de lumière, devient l’unique espace de liberté : un instant suspendu, à l’instar des draps sur le fil à linge, fragile et presque irréel, avant le retour à l’oppression.
Sans emphase ni pathos, Scola mêle dans une proximité improbable le politique et l’émotion. À travers la tendresse, l’ironie et la douceur de cette rencontre éphémère, Une journée particulière impose une méditation nécessaire sur la dignité humaine et l’acceptation des désirs enfouis face à la tyrannie.
Rédactrice : Alice Desmougins
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