Andrée A. Michaud – Éditions Rivages/noir

Tout commence par une journée dans un camping près d’un lac. Un jeune couple, Max et Laurence, y séjourne avec leur fille, quand tout dérape. Le propriétaire du camping leur cherche des noises, l’un des campeurs révèle un comportement louche et tout bascule dans l’horreur, au point qu’elle semble ne jamais prendre fin.
Il est difficile de parler de Baignades sans risquer d’en dévoiler trop. Le roman repose en grande partie sur des zones d’ombre et sur cette inquiétante sensation d’une potentielle dégringolade dans l’absurdité de la situation. Ce qui peut être dit, en revanche, c’est que le livre ne laisse aucun répit. Dès les premières pages l’angoisse s’installe et ne cesse de monter, jusqu’à devenir presque physique. On poursuit la lecture pour comprendre ce qui se trame, cet étau que l’autrice resserre lentement.
« Il y avait la pluie et les ornières, la boue dans laquelle ses pneus patinaient, les pierres qui faisaient dévier sa roue avant, et Charlie, dont les cris affolés fendaient la pluie tels des piaillements d’oiseau blessé chaque fois que le vélo dérapait.«
Le roman se compose de deux parties, chacune dévoilant des visages multiples, contradictoires, violents. Les personnages y apparaissent sous différentes facettes, marquées par des comportements ambigus, des ingérences étranges, des réactions inattendues. Il y a quelque chose de malsain dans ces relations, un sentiment de déséquilibre qui dérange, précisément parce qu’il nous semble proche et que ses bases sont celles de la famille et des vacances. On reconnaît des attitudes, des gestes, des mots de trop. Des visages que l’on a déjà vus.

« Il avait l’intime conviction qu’il existait autant d’enfers qu’il existait de femmes et d’hommes torturés, que l’enfer était un état qui broyait les vivants, pas les morts, qui les brûlait de l’intérieur.«
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de la monstruosité ordinaire. Pas celle des mythes ou des crimes spectaculaires, mais celle, insidieuse et terrifiante, des individus que rien ne distingue a priori. L’autrice excelle à décrire cette frontière entre normalité et vertige, et la franchit avec une perception des troubles parfaitement maîtrisée. Dès lors, on s’interroge sur la part de violence que nous possédons tous. Cette violence des mots que nous utilisons et des attitudes que nous envoyons, comme des armes blanches subtilement aiguisées. La seconde partie, en cela, nous impose un miroir dans le reflet duquel nous n’aimerons peut-être pas ce que nous y verrons.
Baignades est de ces romans qu’on lit d’une traite parce qu’il est impossible de s’en détacher. Une expérience oppressante, magnifiquement orchestrée, qui laisse longtemps un goût pernicieux une fois le livre refermé.
Rédacteur : Véronique Gault
Laisser un commentaire