Sébastien Betbeder

Coline Morel, exploratrice du Pôle Nord, voit sa vie partir à vau-l’eau : après avoir échoué à trouver le yéti auquel elle est la seule à croire, elle se fait licencier et son compagnon la quitte. Elle rentre alors dans son jura natal où elle retrouve ses frères, Basile et Lolo, à qui elle aimerait se confier sur la tournure que prend sa vie. Au lieu de cela, elle s’enfonce un peu plus dans un déséquilibre qu’elle n’a pas envie de maîtriser, dans des relations dont elle ne veut plus, et fini par disparaître sans laisser de traces. Des montagnes du Jura jusqu’à l’immensité immaculée du Groenland, une nouvelle façon d’appréhender la vie se dessine alors pour elle.
Il y a des films dont on sait, dès les premières minutes, qu’ils sont fait pour nous. Parce que de leur simplicité naissent des émotions sans avoir besoin d’en faire des tonnes. « L’incroyable femme des neiges » est de ceux-là. Des gestes, des regards, des mots, ceux que l’on donne et que l’on reçoit, parce qu’ils sont humains, qu’ils sont parfois maladroits, et que ce sont d’eux que vont jaillir, la colère, la joie ou la peine. Un film qui touchera un grand nombre d’entre nous.
Coline est une femme à la personnalité qui ne colle pas à la bienséance. Elle a cette différence, de part son métier, son parcours, son isolement peut-être, qui la rend difficilement apte à tenir une relation ordinaire. C’est son côté « incroyable ». Elle peine à aborder ses frères au point de s’enfermer dans un mutisme dont elle ne sortira que pour les aider dans une épreuve dont la mise en scène est à se tordre de rire tant elle est absurde. Elle tente, sans jamais y arriver, d’évoquer ce qu’elle est, ce qu’elle subit. Alors face à l’échec d’un mode relationnel qu’elle a oublié, elle s’évapore.


« Coline se refuse à l’immobilisme ou au renoncement. Alors que la société voit dans ces excès – parfois à juste titre, mais parfois sans en mesurer le sens profond – la manifestation de troubles mentaux, j’y vois chez elle une forme de courage et d’honnêteté. […] Lorsqu’elle doit se confronter à ses origines, à son passé et à ses frères, rien ne fonctionne comme prévu parce qu’il lui faudrait se conformer à un mode de relation dont elle n’a plus les codes. » Sébastien Betbeder
Le trio d’acteurs principaux est particulièrement bien choisi. Bastien Bouillon, presque méconnaissable, offre une interprétation à la fois drôle et touchante, empreinte de fragilité.Philippe Katerine, quant à lui, délaisse son habituelle fantaisie pour une présence plus posée, plus intérieure, tout en conservant cette singularité qui fait son charme. Blanche Gardin surprend elle aussi : moins pince-sans-rire que dans ses apparitions habituelles, elle incarne ici un personnage aux éclats délurés, totalement déconnecté des codes de la vie sociale, et c’est précisément ce décalage qui la rend irrésistible. Le film doit également beaucoup à la présence des acteurs inuits. Leurs répliques, souvent drôles, tombent avec une justesse et un naturel qui participent à l’authenticité du récit.


Impossible enfin de ne pas évoquer les splendides paysages, immensités glacées, lumières du Nord, horizon presque irréel : chaque plan invite au dépaysement et contribue à la dimension poétique du film. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : Blanche se réfugie dans un monde fait de douceurs et de mythes poétiques.
L’incroyable femme des neiges est donc une œuvre surprenante, pleine d’émotions. Un film sensible, drôle, émouvant, qui s’inscrit dans la catégorie précieuse des histoires de vie capables de faire rêver, pleurer et rire dans un même mouvement. Une belle surprise, rare et chaleureuse comme une rencontre inopinée au cœur de l’hiver.
Rédacteur : Raoul Tabille
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