Amine Adjina

Mehdi a deux facettes : le fils algérien, fidèle aux traditions de sa famille, et le jeune homme imprégné du mode de vie français. Il fait tout pour éviter la confrontation entre les deux univers jusqu’à ce que Léa, sa compagne, exige de rencontrer Fatima, sa mère. Au pied du mur, Mehdi va trouver la pire des solutions : avec la complicité d’une amie, il s’invente une mère de substitution qui représentera l’algérienne parfaitement intégrée dans la société française.
Pour ce premier film, Amine Adjina emprunte la mécanique du Vaudeville : mensonges, mises en scène théâtrales, quiproquos, tout est mis en place pour que Mehdi fasse sa petite cuisine à sa sauce pour noyer le poisson et « protéger » celles qu’il aime. Le choix du nom du restaurant dans lequel il travaille, le baratin, est aussi savoureux que les plats qu’il concocte. C’est surtout une façon de se protéger lui-même de ce qu’il imagine des réactions de l’une et de l’autre. En bref, il a le cul entre deux chaises. D’un côté, ses racines qui ont contribué à son éducation. De l’autre, ses aspirations de jeune homme libre et détaché des contraintes culturelles de ses origines. Coincé entre ces deux mondes, il choisit ce qu’il pense être la facilité, mais qui va s’avérer coriace.


Chaque mensonge appelle un autre mensonge, jusqu’à l’absurde. C’est d’ailleurs là que le film peine un peu à convaincre. On a du mal à croire que, malgré l’ampleur des mensonges, sa compagne lui pardonne. Un homme capable de mentir à ce point-là laisse planer un doute : s’il ment aussi bien sur sa mère, sur quoi d’autre est-il prêt à mentir ? Mais comme on est dans un Vaudeville, on se laisse entraîner avec plaisir dans cette histoire invraisemblable.
« La comédie ne m’intéresse que si elle opère sur un socle dramatique. La question de l’identité algérienne est la toile de fond du film, d’où, sans doute, la dimension mélancolique. » Amine Adjina
Certaines scènes sont très fortes, comme celle du train, où Souhila, la fausse mère, entraîne tout un wagon dans une danse collective sur une chanson d’Acid Arab : un moment de pure joie digne d’une comédie musicale qui suspend le récit. La dernière image du film est également empreinte de profondeur : quand Mehdi regarde la caméra droit dans les yeux, c’est comme s’il s’adressait à nous en affirmant : « Maintenant, je suis moi-même. » Un aveu tardif, après bien des détours, mais ô combien réjouissant.


La petite cuisine de Mehdi utilise les ressorts du vaudeville pour aborder avec légèreté la question de l’identité : comment être pleinement soi-même quand on grandit entre deux cultures ? Malgré quelques invraisemblances, le film séduit par son énergie et ses moments jubilatoires. Il rappelle surtout qu’assumer ce que l’on est vraiment reste le seul chemin vers une réconciliation avec les autres comme avec soi-même.
Rédacteur : Moby Leight
Metteur en scène et auteur, Amine Adjina dirige avec Emilie Prévosteau la Compagnie du Double, au sein de laquelle ils créent des spectacles. Plusieurs de ses pièces sont éditées chez Actes Sud-Papiers. Il est lauréat de la Bourse Beaumarchais en 2017 pour Arthur et Ibrahim et finaliste du Grand Prix de littérature dramatique jeunesse en 2022 pour Histoire(s) de France. En 2023, il co-met en scène sa pièce Théorème / Je me sens un cœur à aimer toute la terre à la Comédie-Française. Diplômé de l’atelier scénario de La Fémis, il écrit et réalise en 2024 son premier long-métrage, La petite cuisine de Mehdi.
Distribution : Younès Boucif (Mehdi) – Clara Bretheau (Léa) – Hiam Abbass (Souhila) – Gustave Kervern (Bernard) – Malika Zerrouki (Fatima)
© Pyramide films
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