Andrew Haigh

Inspiré du roman Strangers de Taichi Yamada, publié en 1987 et porté à l’écran au Japon à la fin des années 1980, Sans jamais nous connaître suit Adam, un homme solitaire vivant dans une tour presque entièrement vide. Une rencontre nocturne avec Harry, un voisin énigmatique, vient troubler son isolement. À mesure qu’une relation intime se noue entre eux, Adam se retrouve confronté à des souvenirs enfouis. Attiré par son passé, il retourne dans la banlieue de son enfance, où le réel et l’émotionnel se mêlent de façon troublante.
Sans jamais nous connaître est un film qui s’approche avec une infinie délicatesse de ce que le cinéma peut avoir de plus personnel : le deuil, l’amour et les zones floues de la mémoire. Dès les premières minutes, le spectateur est installé dans une réalité décalée : un immeuble presque désert, habité par seulement deux personnes : Adam, d’un côté, Harry de l’autre. Cette étrangeté initiale intrigue sans jamais inquiéter, comme une porte entrouverte vers autre chose.
Très vite, le film glisse, presque sur la pointe des pieds, vers un territoire plus onirique. Ce qui semblait être une situation réaliste devient progressivement un rêve, ou peut-être une introspection profonde menée par Adam, incarné par un Andrew Scott bouleversant. Qu’a-t-il fait de sa vie ? A-t-il fait les bons choix ? Assiste-t-on à une forme de thérapie intérieure ou bien à un rêve éveillé où les regrets et les désirs se confondent ?


À mesure que le contexte se précise, l’émotion gagne en intensité. Le cœur se serre lorsque le film nous conduit vers un adieu, tardif et impossible. Cette confrontation, à la fois douce et cruelle, devient le véritable centre émotionnel du récit : dire ce qui n’a jamais été dit, réparer ce qui ne peut plus l’être.
Malgré cela, le film ne fait que suggérer des interprétations qui ne sont pas forcément les bonnes. Les choses peinent à s’éclairer complètement lorsque Adam prend conscience de la condition de Harry. Cette révélation, loin de lever le voile, épaissit encore le mystère. Et c’est précisément dans ce flou que le film trouve sa force : il est nécessaire de ne pas tout comprendre pour pouvoir, à notre tour, imaginer qui est Adam.

Sans jamais nous connaître est un très beau film sur le deuil et l’amour, sur ce que l’on porte en soi longtemps après les absences. Porté par quatre acteurs que l’on peut considérer comme de véritables icônes du cinéma britannique, le film s’impose comme une œuvre fragile et profondément humaine.
Titre original : All of us strangers
Distribution : Andrew Scott (Adam) – Claire Foy (la mère d’Adam) – Paul Mescal (Harry) – Jamie Bell (le père d’Adam)
Rédactrice : Véronique Gault
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