Oliver Hermanus

Lionel, jeune chanteur prometteur, est admis au Conservatoire de Boston. Il y croise David, étudiant en composition, à la fois brillant et charismatique. Une relation naît entre eux, brusquement suspendue lorsque David est appelé sous les drapeaux. Quelques années plus tard, ils se retrouvent et parcourent ensemble les paysages sauvages du Maine afin de recueillir des chants traditionnels menacés de disparition. Cette saison passée côte à côte laissera une empreinte indélébile dans leur vie.
Accords disparus
Si le mot « magnifique » est un peu galvaudé et mis à toutes les sauces, il a toute sa place et prend sa réelle dimension dans Le Son des souvenirs. Porté par des images sublimes qui dévoilent la musique à travers les reflets d’un lac, chaque plan respire, vibre, chante. La caméra épouse les voix et en capte la matière invisible, transformant le son en lumière. Comme le vent entraîne les nuages, comme l’odeur des fleurs se répand au printemps, l’invisible vibre dans la gorge des enfants et devient alors bien réel. Il y a de la magie dans cette œuvre.

Lionel et David sont ceux qui portent ces voix vers la lumière. Ils s’aiment dans une solitude qu’ils chérissent, s’interrogeant malgré tout sur ce modèle familial bienséant qu’impose une époque pas tout à fait révolue. Un compromis qui les mènera à renier une part d’eux-mêmes, et dont ils finiront blessés. Les deux acteurs principaux livrent une interprétation remarquable, devenant quasiment méconnaissables tant leur jeu est parfait. Josh O’Connor incarne David, un homme rongé par ses contradictions, profondément meurtri par la guerre, un passé dont il refuse obstinément de parler. Face à lui, Paul Mescal déploie une spontanéité lumineuse : il vit l’instant présent comme un bonheur fragile mais total, même si leur relation ne peut s’épanouir au grand jour.

Leur refuge est cette musique qui les unit. Les deux musiciens partent sur les chemins, traversent les forêts pour découvrir les voix qui racontent une histoire, chacune semblant contenir un fragment de vie. Plus qu’une histoire d’amour, c’est une véritable ode au chant. Les voix s’élèvent comme un envol d’anges vers une forme de pureté que rien ne peut altérer.
Le Son des souvenirs raconte la vie de deux hommes qui vivent de la musique et des chants relatant des histoires comme la leur, des histoires d’amour blessé, empêché, murmuré, mais des histoires infiniment vivantes. Un film où la sensibilité devient magnificence, où la musique remet en mémoire les souvenirs bien présents d’une belle rencontre.
Rédacteur : Raoul Tabille
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