Micro revue de poésie

Lancée en mai 2025 par Jérémy Semet, auteur, scénariste et poète, cette micro-revue de poésie au nom intrigant recèle des petits trésors d’auteur.rices contemporain.es, mais aussi d’auteur.rices pas ou peu publié.es dont la plume a ce petit quelque chose qui marque les esprits et les emporte vers un ailleurs insoupçonné.
Le format de la revue, un carré de 7cm de côté, pliage d’une feuille A4, en fait un objet artistique à lui seul. Reste alors une contrainte, comme un challenge : y intégrer des textes courts, ne dépassant pas huit lignes.
« J’ai voulu, avec Courrier Indésirable, donner à lire des textes brefs, courts sur pattes, « des éclats, des fulgurances » pour reprendre les mots du poète Thomas Vinau […] ou pour paraphraser Djian, qui parlait alors de Brautigan, « faire tenir une tragédie grecque dans un dé à coudre ». »
Jérémy Semet.
Courrier indésirable, donc… Lorsque Jérémy Semet s’est attelé à ce projet alors qu’il avait déjà produit quelques romans, BD, nouvelles et poèmes, personne ne l’a vu venir. L’objet, empaqueté dans une cordelette, menaçait de rester coincé dans le tiroir d’un bureau comme il l’aurait été dans la boîte-mail des spams. Il a donc décidé de redonner leurs lettres de noblesse à ceux que l’on nomme « indésirables », noyés dans le marécage nauséabond des promotions commerciales. La revue n’a pas encore de site Internet mais une page Instagram et un bouche à oreille qui semble très bien fonctionner.


Fort de ce projet qui lui tenait à cœur, il a sollicité quelques auteur.rices afin de l’accompagner dans l’espoir de faire d’une miniature une grande et belle chose. Petit à petit, d’autres se sont joints à elleux, et désormais, les postulant.es se bousculent aux portes de ces petites pages prometteuses.
Il y a
Un grain de beauté
Une étoile
Un signe marron
Un point d’indice
D’où placer sa bouche
En cas d’oubli
Marie Burger
Le vent
Le vent souffle
Fort et doux
Sur nos petits désastres
Je veux être comme le vent
Fort et doux
Sur nos petits désastres
Thomas Vinau
De petits bouts de moi
Ont dévalé la pente
De mes nuits
J’entends leur écho
Lorsqu’ils touchent
Le sol
Aleria Pages
Qu’est-ce qui vous a mené à la poésie et à l’écriture ?
Tout petit déjà, alors que les autres enfants jouaient au foot et construisaient des cabanes, je passais mon temps libre à regarder des VHS de films et des dessins animés. Au départ, je voulais être réalisateur comme Spielberg et Lucas, et avant même de tenir une caméra dans les mains, j’ai couché des idées sur le papier.
Lorsque je suis devenu papa, j’ai écrit pour mes enfants, car je voulais que mon écriture ait un sens, qu’elle soit utile. La vie faisant, entre tempêtes et moments de bonheurs, j’ai trouvé du réconfort dans la poésie contemporaine. J’ai lu tout ce que je pouvais, notamment Thomas Vinau qui m’a permis d’ouvrir encore plus grands les yeux sur le monde qui m’entourait. La poésie m’a permis d’extérioriser des ressentis en un minimum de mots. De pouvoir (dé)poser des choses.
Quel est votre moteur ?
Le moteur est mon cœur. Tout vient de là. Même s’il a pas mal souffert ces dernières années, une lumière continue d’en jaillir et elle m’est très utile dans mon travail poétique. En vieillissant, je réalise que je ne peux plus me cantonner uniquement à l’écriture, d’où la naissance de Courrier Indésirable en mai 2025. Je me suis également mis à la photo et au dessin. En ce moment, je réalise un clip en stop motion à l’issue d’une série d’ateliers donnés dans une école de Thionville, en Moselle (57). Avec la classe nous avons écrit une chanson, que j’ai mise en musique au ukulélé et le tout est si beau que j’avais besoin de donner une autre dimension à ce travail. Tout ça pour dire que j’ai besoin de toucher à d’autres choses. La poésie me conduit ailleurs, même si j’ai la certitude qu’elle est déjà dans le regard de ce lui qui l’observe.
Ces petits morceaux de poésie sont, par moment, des morceaux de bravoure. Chacun transporte un peu de son auteur.rice et l’on devine, derrière ces quelques mots, les traces d’un désir ou d’un chagrin. Des mots qui protègent, d’autres qui font sourire, mais à travers cette toute petite revue, tous s’accordent à tenir dans le creux de la main.
Rédactrice : Véronique Gault
Post Scriptum :
Un bémol, s’il en faut : Les caractères sont parfois si petits qu’ils en deviennent illisibles lorsqu’ils sont couchés sur un papier sombre. C’est dommage ; on ne saura jamais ce qui s’en dégage. Faisons l’hypothèse qu’ils valent la peine de les scruter à la loupe.
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