Mes auto grotesques

Bruno FortuneR

Inspiré par les gargouilles de cathédrales, les personnages de Gotlib et autres créatures difformes sorties de l’imagination d’illustrateurs comme Gustave Doré ou Honoré Daumier, Bruno FortuneR nous propose, avec ses Autogrotesques, « un voyage à travers les paysages tourmentés des expressions qui naissent des forces telluriques des sentiments ».

Ainsi, la colère et le rire se partagent les pages avec l’ inquiétude et l’impatience, autant d’émotions où chaque portrait est traversé par les lignes de construction qui donnent un aspect « croquesque », voire « croquignolesque » , au résultat final. Un recueil facétieux et fantaisiste qui témoigne d’une auto-dérision jubilatoire.


Mais Bruno FortuneR, ce n’est pas que cela. Il y a chez cet artiste une manière singulière d’habiter le monde : par le regard, par le trait, par le mot. Aquarelliste, dessinateur, mais aussi poète et musicien, il construit depuis plusieurs décennies une œuvre discrète et profondément cohérente. Son travail, tel qu’il le présente lui-même, rassemble « des dessins et aquarelles glanés dans les champs du temps ». L’expression est juste : il ne s’agit pas tant de représenter que de cueillir ce qu’il voit et ce qui le touche. Chaque image semble être le fruit d’une halte, d’une attention patiente aux lieux et à ce qu’ils conservent de vies passées.

Formé à l’École Spéciale d’Architecture des Jardins à la fin des années 60, il exerce pendant près de quarante ans comme architecte paysagiste et directeur de bureau d’études. Cette longue fréquentation de l’espace construit et du paysage n’est pas sans influence sur son regard d’artiste : ses aquarelles témoignent d’une attention fine aux volumes et à l’environnement.

Chacun de ses ouvrages décline une même obsession féconde : la maison comme motif et comme mémoire. Mon village, J’ai peint des mots sur vos maisons, De maisons d’artistes en maisons d’artistes, ou encore Paris quartiers bohèmes, composent une cartographie où chaque façade devient une histoire. Avec Europe, on the road again, il élargit le périmètre à dix-sept pays, sans perdre cette attention aux détails modestes, et dans Aime comme métiers, il rend hommage à quarante artisans à travers un abécédaire d’aquarelles épistolaires.


Ainsi, Bruno FortuneR apparaît comme un artiste du lien : entre les arts, entre les époques, entre les lieux et ceux qui les habitent. À rebours des grands récits spectaculaires, son œuvre invite à une forme de lenteur. Une manière, peut-être, de redonner au quotidien sa profondeur poétique.


www.brunofortuner.fr/


Rédactrice : Véronique Gault

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