Scott Preston – éditions Albin Michel
La beauté âpre des terres perdues

Dans les collines anglaises, Steve et William tentent de maintenir à flot une exploitation ovine dans un contexte de fièvre aphteuse. Entre les bêtes à surveiller, l’isolement et les terres hostiles, leur quotidien repose sur une forme de survie qu’ils tentent d’apprivoiser. Lorsqu’ils s’associent à des hommes peu recommandables pour essayer de sortir la tête du marécage dans lequel ils sont enlisés, la situation bascule petit à petit dans une spirale de violence et de cauchemar. Avec Le Sang des collines, Scott Preston signe un roman noir rural où la rudesse des paysages répond à celle des existences.
Ce premier roman impressionne par sa manière de raconter le monde des bergers, les terres battues par les vents, une ruralité qui survit davantage qu’elle ne vit. L’intrigue importe moins que l’atmosphère qui enveloppe le récit. Ce qui marque, c’est la description minutieuse du quotidien de ces éleveurs frappés de plein fouet par la fièvre aphteuse. Ils perdent tout alors qu’ils ne possédaient déjà presque rien. Scott Preston raconte cette existence sans misérabilisme ni plainte et c’est ce qui donne au roman sa puissance émotionnelle.
Impossible, à la lecture, de ne pas penser à Craig Johnson et à la splendeur de ses premiers romans (les suivants n’étant qu’une pâle copie des premiers). On retrouve cette même capacité à faire de la nature un personnage à part entière : sauvage, dangereuse, parfois hostile, traversée d’une beauté immense. Les collines, les troupeaux, la boue, le froid, les bêtes malades, composent un décor presque organique où les êtres humains semblent des proies.
Scott Preston impose un rythme, une musicalité, une manière de faire surgir les paysages et les corps, qui frôle parfois le sublime. Malgré tout, plusieurs passages sont prévisibles et le suspense promis n’est pas au rendez-vous. Cela devient pourtant secondaire tant la lecture demeure immersive. Le plaisir naît moins de la tension dramatique que de la façon dont le roman habite ses lieux et ses personnages.
« On s’aimait de façon provisoire, une journée après l’autre, on éteignait toutes les lumières pour nous oublier dans la nuit, et durant ces premières semaines nos corps grinçaient encore plus fort que le lit. J’entamais ma journée de travail perclus de douleurs pour changer, et c’est le seul genre de douleur qui ne m’a jamais dérangé. Tout ça n’était peut-être pas nouveau pour elle, mais je la surprenais parfois en train de sourire, et quand elle ronflotait, allongée sur moi, mon bras engourdi sous son poids, bon Dieu, aujourd’hui encore, j’en oublierais presque de respirer. »

Le bémol vient sans doute des dialogues. Tous les protagonistes semblent parler sur le même ton : mêmes réparties, même humour sec, mêmes punchlines qui paraissent être la seule façon de communiquer. Cela empêche de s’attacher pleinement aux personnages, notamment à Steve, le narrateur, qui, avec un peu plus de nuances, aurait pu incarner une figure bouleversante. Heureusement, les descriptions et la qualité d’observation de Scott Preston compensent largement cette faiblesse.
Reste un premier roman prometteur, porté par une écriture déjà très affirmée. Un auteur à suivre de près.
Titre original : The borrowed hills
Traduction : Paul Matthieu
400 pages
Rédactrice Véronique Gault
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