Georgi M. Unkovski

Dans un village de Macédoine du Nord, Ahmet partage son quotidien entre l’école, son petit frère, les brebis de son père et les traditions qui régissent la communauté des Yörüks. Lorsqu’il rencontre une jeune fille qui rêve de choisir sa propre destinée, son existence prend une direction inattendue, sur fond de musique pop électro.
Il y a des films dont il est difficile de parler tant ils semblent échapper à l’analyse pour toucher directement au cœur. Le garçon qui faisait danser les collines est de ceux-là. Une merveille de cinéma, généreux et profondément humain, qui fait passer le spectateur par toutes les émotions du monde.
« Ma manière de raconter des histoires […] consiste à mêler comédie et tragédie. Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre. C’est une façon de se rapprocher de la réalité et de la complexité de l’esprit humain. » Georgi M. Unkovski
Le récit célèbre avec une énergie communicative la force de l’amour familial, l’émancipation des femmes et le droit de chacun à inventer son propre chemin. Face aux traditions qui imposent encore des mariages forcés ou des rôles prédéfinis, le film oppose la liberté et la tendresse. Il ne se contente pas d’être regardé, il se vit. Comme devant un film d’action où l’on voudrait participer aux combats, on a ici envie de danser avec Ahmet, Aya et ses amies, de rire à leurs côtés, de prendre le petit Naïm dans nos bras Chaque émotion ressentie par les protagonistes nous collent à la peau et nous envahissent.


La galerie de personnages contribue largement au charme du film. Le muezzin du village, irrésistiblement drôle, est épris d’admiration pour la technologie. De ses débuts sur Facebook à l’installation d’enceintes pour appeler les fidèles à la prière, il est d’une candeur attendrissante. Ahmet, lui, est un héros d’une gentillesse désarmante, un adolescent soucieux des autres. Quant au père, dépassé par ses propres émotions et prisonnier d’un héritage qu’il peine à remettre en question, il devient peu à peu, lui aussi, aussi touchant que ses fils. Et puis il y a ce petit groupe de femmes, qui apparaît au début et à la fin du film, qui observent la vie du village et la commentent comme des conteuses fabuleuses à l’humour vif et enjoué.
« les Yörüks sont parfois comparés aux Amishs. C’est une population de bergers semi-nomades qui a longtemps vécu en Macédoine du Nord à l’écart du reste de la population. Leur culture s’est construite dans une forme d’isolement : ils possèdent leurs propres rites, leur gastronomie et une organisation largement autonome. Avec l’arrivée des nouvelles technologies, et en particulier d’Internet, les jeunes générations commencent peu à peu à s’éloigner du mode de vie de leurs parents et à multiplier les contacts avec le monde extérieur. » Georgi M. Unkovski
La musique, omniprésente, n’accompagne pas l’histoire : elle la propulse. Entre les compositions d’Alen et Nenad Sinkauz et les beats électro de Cut, elle fait vibrer les collines macédoniennes, devient le langage de la liberté et le moteur salvateur de l’émancipation. On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement entre cette musique « techno » et la « technologie » encensée par le muezzin. C’est cette musique qui permet à Ahmet, Aya, et à celles et ceux qui les entourent d’imaginer un autre avenir.
Le jeune garçon opère comme un révélateur ; de la jeune fille à qui il déclare qu’elle a le droit d’être celle qu’elle veut devenir ; de son petit frère, qui refuse de parler depuis la mort de leur mère et qu’il protège avec tendresse ; de son père, enfermé dans ses contradictions. Et peut-être même du muezzin, à qui il confie, comme un secret divin, les mystères de Facebook.
Drôle, dansant, lumineux, émouvant, Le garçon qui faisait danser les collines est un film qui célèbre la vie dans ce qu’elle a de plus précieux. Un film dont on ressort le sourire aux lèvres, avec l’envie soudaine de monter le son et de croire, porté par le rythme des basses, que tout est encore possible.
Titre original : DJ Ahmet
Distribution : Ahmet : Arif Jakup – Naim : Agus Agushev – Aya : Dora Akan Zlatanova – Le père d’Ahmet : Aksel Mehmet – Le père d’Aya : Selpin Kerim – Le muezzin : Atlia Klince
Rédactrice Véronique Gault
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