The last viking

Anders Tomas Jensen

Après quinze années passées en prison, Anker retrouve la liberté avec une seule idée en tête : remettre la main sur le butin d’un braquage qu’il avait confié à son frère. Mais Manfred n’est plus le même. Convaincu d’être la réincarnation de John Lennon, il se retrouve entraîné avec son frère dans la maison de leur enfance, où la quête de l’argent laisse peu à peu place à la complexité de l’histoire familiale.

The Last Viking est une fable aussi drôle que mélancolique, où le rire n’empêche jamais l’émotion.
Sous ses airs de comédie absurde, le film pose la question de ce que nous sommes réellement. Sous couvert du trouble dissociatif de l’identité dont souffriraient plusieurs personnages, il parle de la difficulté à accepter ce que l’on est, à vivre avec ses travers, mais aussi à accepter ceux des autres. Anders Thomas Jensen en tire une réflexion profondément humaniste sur la différence et l’acceptation.

La réussite du film tient beaucoup à son extraordinaire galerie de personnages. Chacun existe avec ses obsessions et sa logique propre. Il y a Freja, la soeur aînée généreuse, toujours une cigarette au coin des lèvres ; Margrethe, persuadée d’être d’une beauté irrésistible ; Lothar, incapable de s’exprimer autrement qu’à travers des métaphores inspirées d’Ikea ; Werner, inséparable de son verre de vin ; et surtout Hamdan, qui passe en une fraction de seconde de Paul McCartney à George Harrison, de Björn Ulvaeus à Heinrich Himmler. Son interprète livre une véritable performance, naviguant d’une personnalité à l’autre avec une aisance déconcertante. Sa reprise de
Chiquitita compte parmi les moments les plus irrésistibles du film.

Face à eux, Anker apparaît comme le seul personnage « normal ». Obsédé par son trésor, il ne comprend pas immédiatement que la véritable richesse n’est pas celle qu’il est venu chercher. C’est tout le sens de cette fable, qui parle moins d’un butin que de la capacité à regarder les autres autrement.
Enfin, impossible de ne pas saluer Mads Mikkelsen. Habitué aux rôles sombres, il surprend ici par sa fantaisie et son sens de la comédie. Sans jamais forcer le trait, il trouve le ton juste dans cet univers où le burlesque côtoie sans cesse une émotion discrète.

Le dessin animé qui ouvre et referme le film n’est pas un simple clin d’?il. Cette histoire d’un roi qui fait mutiler tout son peuple pour que son fils ne soit plus différent résume à elle seule le projet d’Anders Thomas Jensen. Dans
The Last Viking, personne n’est tout à fait « normal », mais chacun est accueilli tel qu’il est. Derrière son humour absurde et ses personnages extravagants, le film célèbre avant tout le droit à la différence et rappelle que ce sont souvent nos fêlures qui nous rendent profondément humains.

The Last Viking est un film qui sort de l’ordinaire : une comédie décalée qui fait rire de l’absurde pour mieux parler de ce qui nous construit, de ce qui nous brise et, parfois, nous répare.

Distribution : Nikolaj Lie Kaas : Anker – Mads Mikkelson : Manfred – Sofie Gråbøl : Margrethe – Søren Malling : Werner – Bodil Jørgensen : Freja – Lars Brygmann : Lothar – Kardo Razzazi : Hamdan – Nicolas Bro : Flemming – Peter Düring : Anton


Rédacteur : Raoul Tabille

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