Jeanne Herry
Quand vivre devient un leurre

Avec Garance, Jeanne Herry poursuit un travail qu’elle connaît bien : celui qui consiste à faire entrer le documentaire dans la fiction, à partir d’une réalité minutieusement étudiée pour raconter des personnages qui pourraient être nos proches, nos amis, parfois nous-mêmes.
Le film est consacré à l’addiction à l’alcool, à ce qu’il produit dans une existence : les dégâts au travail, dans la vie quotidienne, dans les relations avec les autres. Garance se sent incapable de vivre sans ce qui, pourtant, est en train de la détruire.
L’alcool est devenu une béquille, puis une nécessité, presque une raison de vivre. L’abandonner revient à reconstruire tout un équilibre.
Sa sœur, atteinte d’un cancer, lui demande de rester en vie afin qu’elle puisse s’occuper de ses enfants si elle venait à mourir. C’est cette demande qui pousse Garance vers une addictologue qui initiera le début de la reconstruction, sans chercher à la convaincre avec des discours moralisateurs. Elle lui dit, en substance : « Vous avez le choix. Vous pouvez continuer à boire et mourir, ou décider d’arrêter et vivre. La décision vous appartient. »
Le film montre alors ce qu’arrêter une addiction signifie : affronter le vide laissé par ce qui occupait tout l’espace, apprendre à traverser des journées qui semblent interminables, réinventer ses habitudes, supporter l’absence de ce qui permettait jusque-là de tenir.
Comme souvent chez Jeanne Herry, il y a la précision du réel, mais aussi la place aux contradictions des personnages, à leurs refus, à leurs rechutes possibles.


Dans la scène où Garance vient parler du métier d’acteur.rice à des élèves de primaire, la réalisatrice met le doigt sur les trésors que sont la fragilité et la sensibilité :
« La fragilité et la sensibilité valent de l’or. C’est difficile à gérer, et on ne sait pas toujours quoi en faire… Notre monde et notre époque les valorisent variablement, même si certains mouvements s’y emploient. Et cette injonction à être des femmes puissantes et inspirantes, aujourd’hui, qu’en faire ? »
Jeanne Herry

Et puis il y a Pauline. Pauline veut aider celle qu’elle aime, la soutenir, être là. Garance, après quelques mois de sevrage, comprend alors quelque chose d’essentiel :
sa compagne ne doit pas s’oublier et poser ses propres limites.
C’est peut-être pour cela que ce film touche autant. Parce que l’addiction n’est jamais seulement l’affaire de celui ou celle qui consomme. Elle concerne aussi ceux qui regardent, ceux qui attendent, ceux qui essaient d’aider.
« Aimer c’est accueillir l’autre, l’accepter comme il est avec son contexte et sa construction, tenter de le comprendre, respecter sa liberté… Ce n’est pas facile, c’est une quête. Mais je crois sincèrement que c’est ce qu’on peut offrir de mieux aux êtres dont on se dit amoureux. »
Jeanne Herry
Garance est un très beau film sur cette traversée. Sur la douleur de l’arrêt, sur la peur de ce qui vient après, sur cet élément qui vient s’intégrer dans un couple, mais aussi sur les relations d’amour et sur la possibilité de retrouver quelque chose là où l’on pensait qu’il n’y avait plus rien.
Rédactrice Véronique Gault
Distribution :
Adèle EXARCHOPOULOS : GARANCE
Sara GIRAUDEAU : PAULINE
Sarajeanne DRILLAUD : JUDITH
Anne SUAREZ : MARIANNE
Mathilde ROEHRICH : CHARLOTTE
Brigitte SY : CATHERINE
Hélène ALEXANDRIDIS : L’ADDICTOLOGUE
Jacques VINCEY : JORIS
Bruno RAFFAELLI : PHILIPPE
Jehnny BETH : BLANCHE
Raya MARTIGNY : SARAH
Production Alain ATTAL et Hugo SELIGNAC
Coproducteur Patrick QUINET
Musique Originale Pascal SANGLA
Scénario de Jeanne HERRY, avec la collaboration de Roxane BETTINGER et Gaëlle MACE
Directeur de la photographie Antoine CORMIER
Cheffe monteuse Laurence BRIAUD
Chef décorateur Nicolas de BOISCUILLE
Son Nicolas PROVOST Loïc PRIAN, Guadalupe CASSIUS Marc DOISNE
Première assistante réalisatrice Hélène FABRE
Scripte Chloé RUDOLF
Cheffe costumière Ariane DAURAT
Chef maquilleur Christophe OLIVEIRA
Chef coiffeur Stéphane DESMAREZ
Directeur de production Vincent PIANT
Régisseur général Benjamin « Bijam » JOURNET
Directeur de postproduction Nicolas MOUCHET
Superviseur musical Emmanuel FERRIER
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